Kukës - Sveti Naum :  De la chaîne albanaise à la perle d'Ohrid

 

Nous voici arrivés de l'autre côté de la frontière kosovare, chez le "grand frère" albanais. Dès les premiers mètres, on découvre qu'on n'a pas d'autre choix... que de continuer sur l'autoroute ! Une première ! Heureusement, la circulation n'est pas bien dense, et est limitée à 80 km/h... Niveau circulation, on n'est d'ailleurs pas au bout de nos surprises, entre les voitures qui ont parfois le volant à droite, ou de bien jeunes conducteurs sans doute pas majeurs... 

 

Une constante par contre, partout dans les Balkans : l'accueil incroyablement chaleureux des gens, qui se mettent en quatre pour nous aider !

 

On découvre, avec un semblant d'effroi, qu'une semaine de pluie nous attend. C'est l'automne avant l'heure... Mais on trouvera toujours en fait des abris, sous une grange, un kiosque, une maison en construction, un garage... Les endroits ne manquent pas ici, et les gens sont compréhensifs en nous voyant sous l'eau, et il y a souvent des accalmies.  

 

Après Kukës, on retrouve les montagnes, qui nous avaient un peu manquées au Kosovo, et partons vers le sud. La route grimpe, mais nos pauses sont l'occasion de faire des rencontres dans les cafés des bords de route, avec la grande famille d'un expatrié en Finlande, ou avec un duo de musiciens traditionnels (que vous pouvez écouter ici), au çifteli (un instrument traditionnel à deux cordes) et au kaval (une flûte sans embouchure, comme un long tube)... les cousins orientaux de nos ukulélé et flûtes ! 

Notre petit guide de voyage en Albanie est peut-être futé mais pour suivre ses itinéraires de montagnes à vélo, il faut serrer les dents, surtout dans les Balkans. 

 

Par contre, on n'est pas trop dérangés par le traffic étant donné que la population se déplace majoritairement en minibus privés (qui ne manquent pas de nous saluer et de nous klaxonner joyeusement quand on les croise) et que la traction animale est encore très présente dans les campagnes.

 

C'est d'ailleurs naturellement en échangeant avec des bergers, qui passent comme toujours de l'étonnement au sourire, que l'on  posera notre tente près du sommet, dans le garage d'une ferme.

Les obstacles sur les routes sont parfois assez inattendus...

Le paysage se dévoile après la pluie et révèle ses couleurs.

 

Apres Peshkopi, nous continuons de rouler vers le sud et quittons - temporairement - l'Albanie pour aller vers le lac d'Ohrid en Macédoine. On quitte aussi un moment la mystérieuse langue des "Shqiptar" pour retrouver une langue slave, dans laquelle on peut bien plus communiquer.

 

Nous croisons un couple suisse de cyclo-voyageurs passés du Kosovo à la Macédoine par la montagne de la region des Gorani, où nous sommes aussi allés. Coursiers à vélo dans la vie, on les laisse s'envoler vers Ohrid et continuer à notre rythme de sénateurs.

La route entre Debar et Struga, le long du Crni Drim ou Drin noir, est magnifique mais la nuit tombe, le ciel s'assombrit, et l'on se dit, comme ça, que ce serait génial de trouver une cabane de pêcheurs pour nous abriter de la pluie... 

 

Et voici que la première personne à qui l'on parle dans le petit village près de Struga, au nom charmant de Tašmaruništa, se trouve être un pêcheur, Blago. Ni une ni deux, il nous invite à passer la nuit chez lui, et à partager une belle soirée avec lui et son frère.  On déguste bien sûr du poisson, le "poisson blanc" pêché le jour même dans les eaux du Crni Drim. Leur accueil est royal, et nous fait d'autant plus chaud au cœur qu'il pleut des cordes dehors. 

 

Blago nous reçoit comme si on était de vieux cousins, et nous fait faire le tour de Tašmaruništa. Un vieil arbre troué par des impacts de balles au cimetière rappelle l'insurrection macédonienne d'Ilinden en 1903 contre les Ottomans et pour l'indépendance de la Macédoine, écrasée dans le sang. Le vieux village a alors été brûlé, puis reconstruit un peu plus bas.

 

Blago connaît le village comme sa poche et presque tout le monde est plus ou moins de sa famille ou de celle de sa femme. On croise justement son neveu, qui nous invite à boire une rakia matinale. Sa mère nous sert de délicieux "gjomleze", un gâteau traditionnel de la région du lac d'Ohrid ; elle a d'ailleurs récemment reçu le second prix à une compétition nationale pour sa recette ! Blago nous montre ci-contre la plaque sur laquelle les couches successives de pate doivent être cuites une à une. 

 

Toujours le mot pour rire, Blago nous raconte de petites anecdotes, nous montre le coin où les amoureux se retrouvent depuis toujours en bordure du village, ou encore la maison de son enfance, qu'il voudrait retaper. Il travaille désormais à Ohrid dans la construction, et il y a du boulot dans cette ville qui compte parmi les lieux les plus visités du pays... Et dès qu'il a un moment, il retourne au village pêcher pour le plaisir. Sa collection d'hameçons et de cannes est d'ailleurs impressionnante ! 

Le sourire aux lèvres après cette belle rencontre, quelques coups de pédales nous suffisent pour débarquer au bord d'une des perles de la region, et même du pays : le lac d'Ohrid et la ville du même nom.

 

Partagé entre l'Albanie et la Macédoine, cette large étendue d'eau ceinturée par les montagnes semble être sans fin comme la mer... qu'on n'a toujours pas vue du voyage. On continue la journée par un autre bain, de foule cette fois, pour arpenter Ohrid et ses ruelles pavées ottomanes (pour partie inaccessibles aux voitures... mais aussi aux vélos, à cause des nombreux escaliers), ses églises orthodoxes ou encore son bord de mer mêlant pêcheurs du coin et touristes en terrasse.

 

Pêcheur devant la petite église St Jean de Kanéo, si mignonne et pittoresque qu'elle est devenue un symbole de la Macédoine.

 

La côte au sud d'Ohrid, dans cette zone classée au patrimoine culturel et naturel de l'Unesco, a tendance a être relativement envahie par les hôtels, mais on se trouve quand même un petit coin de colline avec vue sur le lac, en bordure du parc national de Galichica. Notre tour du lac et notre court passage en Macédoine (mais on n'en a pas fini avec ce petit pays !) se termine juste avant la frontière albanaise par le monastère de Saint Naum (ou Sveti Naum en macédonien), construit juste au bord du lac, et où se baladent en toute liberté des paons aussi beaux que dangereux, à en croire les avertissements.


Nous voilà ensuite, déjà pour la troisième fois (et pas la dernière) à un poste frontière albanais. La route continue vers l'ouest... 

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Commentaires : 2
  • #1

    catherine (mardi, 04 octobre 2016 16:32)

    ravie de lire votre article, de vos nouvelles...
    au bout d'une semaine je les attends avec impatience!
    contente pour vous de toutes ces belles rencontres et beaux paysages
    bisessss
    catherine

  • #2

    M.F.S (mardi, 11 octobre 2016 04:08)

    De temps en temps je me dis.
    Ou sont mes jeunes tourtereaux ?
    Un clic et me voilà avec vous .
    Si je suis tristounette vous me redonnez le sourire .
    Merci les jeunes
    M.F.S