Izmir - Datça : de la mer Egée à la Méditerranée

Avant de quitter Izmir, Şeyma nous a lu dans nos tasses de café qu'on avait encore de belles routes devant nous. En effet...

 

On continue notre descente vers le sud, car l'hiver est toujours à nos trousses. 

 

A Selçuk, nous sommes accueillis par Adnan, connu dans la région comme le loup blanc. Lui et sa famille voyagent à travers la Turquie en vélo, et quand ils ne sont pas sur leurs selles, ils se font un plaisir d'accueillir les cyclistes de passage dans la "maison du vélo", construite par Adnan. 

 

On arrive par hasard en même temps que tout un groupe de cyclistes venus d'Izmir, qui font une pause pique-nique et barbecue avant de prendre la route du retour. Ça fait longtemps qu'on n'a pas vu autant de vélos réunis, et ça fait plaisir ! 

 

Le lieu est très chouette et fourmille de petits ou de grands vélos, en bois, en métal ou en peinture. Il y a aussi de nombreuses banderoles, qui nous rappellent les Masses Critiques et les Vélorutions. 

Tout près de Selçuk se trouve l'un des sites antiques les plus mythiques du monde : Ephèse. Fondée par les Grecs, conquise par les Romains, traversée par les Lydiens, les Perses, les Kimériens, elle a gardé des traces de toutes ces civilisations. 

 

Plusieurs bâtiments ont traversé les siècles sans prendre beaucoup de rides. Pour une fois sur un site antique, il ne faut pas beaucoup d'imagination pour voyager dans le temps. Ci-contre, la bibliothèque de Celsius (qui servait aussi de tombeau à ce dernier : belle sépulture !) est devenu l'un des symboles d'Ephèse.

Avec un appareil photo pour deux, on est bien en-dessous de la moyenne des visiteurs...

On se demande quand, durant les derniers deux millénaires, les toilettes ont commencé à devenir une affaire individuelle.

L'amphithéâtre d'Ephèse, et la rue du port à l'arrière, qui était paraît-il éclairée de lanternes à la tombée du jour.

Nos regards se perdent dans les ruines antiques lorsque deux paires d'yeux nous fixent. Cadrage, zoom puis sourires : Ivan et Zoya, le couple d'Ukrainiens rencontrés près de Foça nous ont vite reconnus au milieu des touristes. 

 

Ils nous racontent comment, en passant incognito par la montagne, ils ont reussi à éviter le prix prohibitif de l'entrée sur le site. Cette fois, on n'oublie pas la photo et on se dit que d'ici Antalya, nos routes se recroiseront peut-être à nouveau. Vous pouvez voir quelques unes de leurs photos sur le site

 

Deux jours plus tard, à Kuşadası, un cycliste nous aborde : c'est un ami d'Adnan et d'Ayhan - notre hôte à Söke - qui nous a reconnu par quelques photos de Selçuk qu'Adnan a postées sur Facebook... et qui accueille en ce moment Ivan et Zoya chez lui !  Le monde du vélo est vraiment petit en Turquie...

Il ne reste pas grand chose du théâtre d'Artémis, qui était l'une des sept merveilles du monde antique...

Le parc national de Dilek nous a été recommandé à plusieurs reprises, mais ne pouvant pas longer la péninsule sur laquelle il se situe du fait de la presence d'un camp militaire (ils choisissent bien leurs spots dans l'armée), nous choisissons d'arpenter la partie sud du parc. Une belle route sinueuse serpentant la montagne et les marécages du delta nous conduit jusqu'aux (nous le découvrirons après coup - de pédales) deux villages de Doğanbey.

 

L'ancien,  charmant, est perché dans la montagne avec de vieilles maisons en pierres aussi âgées que ses derniers occupants. Puis le nouveau, plus bas, est moins touristique mais plus habité. On passera quelques heures dans le café de sa placette aux côtés des joueurs de okey (et pas de hockey), un jeu aussi populaire que la "tavla" (ou backgammon)  en Turquie, qui ressemble à des dominos pour nos yeux non avertis, mais avec des chiffres et des couleurs en plus. 

Filant le long de la mer Egée, nous passons rapidement voir sur notre chemin l'ancienne cite grecque de Milet, où le gardien du site s'ennuie fermement. Puissance maritime avant que Jésus crie, elle a perdu son acces à la mer suite à un ensablement massif,  ce qui a causé son abandon par sa population. Aujourd'hui, ce sont les touristes qui ont l'air de la deserter.

 

La prochaine étape est le lac de Bafa, où nous arrivons tout juste à la tombee de la nuit pour camper presque à la hauteur de l'eau. Mais on découvre surtout son charme le lendemain dans les splendides paysages lunaires qui l'entourent et les petits bateaux de pêche échoués sur les berges embrumées.

Sur la route de Kapıkırı

Ici, ce ne sont pas les jeunes hippies qui portent des sarouels colorés, mais presque toutes les vieilles femmes des villages turcs.

Au bout de cette incroyable route, les ruines de l'ancien Heraklion se mêlent au petit village isolé de Kapıkırı, encadré par les montagnes de Latmos et le lac de Bafa.

 

Nous parvenons difficilement à differencier certaines habitations rustiques du village des vestiges du passé grec, qui se fondent avec les rochers et s'enfouissent sous une luxuriante nature.

 

En chemin vers Milas, on passe devant le site d'Euromos, et son temple de Zeus, qui daterait du VIe siècle avant J.C. 

 

Ambiance féérique au petit matin à Milas

 

Nous arrivons sur la presqu'île de Bodrum, l'un des coins les plus touristiques de Turquie, et on se lance dans un petit tour. Les paysages ne manquent pas de beauté, mais la côte est très habitée ; dur de trouver beaucoup de coins encore sauvages. Le degré de "tourisme" pourrait aussi se mesurer au prix du çay, qui peut aller jusqu'à tripler sur la presqu'île. 

Pas besoin que ce soit la fête de la république pour que des drapeaux turcs surgissent de nulle part !

Comment passer du déambulateur à l'eau sans risquer de tomber. Ou faire une entrée artistique dans la mer en skate, tous les âges s'y retrouvent. 

Ce qu'il y a de bien quand on s'attend au "pire", c'est qu'on est forcément agréablement surpris. C'est un peu le cas pour Bodrum : on pensait arriver dans une ville noyée sous les hôtels et bétonnée de partout, mais on découvre le Bodrum tranquille de la basse saison, ses maisons blanches et ses petites rues au bord de l'eau. Il faut dire qu'il y a environ dix fois plus d'habitants ici en été : on s'imagine dix personnes pour chaque personnes qu'on croise ; l'ambiance du métro à l'heure de pointe dans les petites rues ! Il ne reste plus grand chose par contre du fameux Mausolée d'Halicarnasse (encore une merveille du monde antique !), construit pour le roi perse Mausole par sa soeur et épouse (si si), Artémise.

 

Quelques jours plus tôt, on a rencontré dans une station service un conducteur intrigué par nos vélos, Barış, qui nous a proposé qu'on le contacte pour boire un çay à Bodrum quand on y arriverait. Il nous amène dans l'hôtel d'un de ses amis, où en l'absence de clients, des tournois de ping-pong sont organisés en sous-sol. Les gérants nous proposent d'abord d'installer nos matelas dans le parking, puis dans la salle de ping-pong, dans le lobby, et finalement carrément dans une chambre de l'hôtel : on n'en demandait pas tant ! C'est ainsi qu'après avoir dormir dans un camping abandonné puis dans un hôtel dont la construction n'a jamais été terminée ces dernières nuits, on se retrouve dans un vrai hôtel ! 

Barış et son coéquipier (à droite) arrivent en demie-finale, mais ce sont les gérants qui remportent le tournoi.

 

Un bateau nous permet de passer de la péninsule de Bodrum à celle de Datça plus au sud, autrement plus sauvage. La route qui mène à Datça, à une dizaine de kilomètres du port, est défoncée et terreuse : on dirait que tout est fait pour protéger la ville des touristes peut-être envahissants de Bodrum. C'est vrai qu'il y a de quoi garder jalousement cette jolie ville, qu'on découvre en compagnie de notre hôte, Turan. Ce baroudeur, qui a vécu entre autres dans plusieurs villes turques, aux Etats-Unis et en Roumanie, a décidé d'y poser ses bagages quelques années, et on le comprend. 

 

Turan nous raconte les petites anecdotes de Datça, qui rendent la visite passionante, comme celle de Badem le phoque, qui est devenu une icône de la ville. Il a atterri sur les berges de Datça et a été adopté par ses habitants, qui s'en sont occupés. Adulte, il est ensuite rester vivre près de la ville de ses protecteurs, avant de partir un jour faire sa vie ailleurs. Une statue a été érigée en son honneur (ci-contre). 

 

On apprend aussi que le petit lac fasse à la mer (Méditerranéenne) est remplie d'une eau qui vient en fait de la mer Egée de l'autre côté, qui perd sa salinité en traversant la péninsule. 

En attendant que les trombes d'eau cessent, Turan nous explique les noms des différents vents (on n'en connaît qu'un, le lodos, mais on ne l'oubliera pas, celui-là), à l'aide de sachets de sucre. 

 

Le soleil est de retour le lendemain : nous nous lancons à la decouverte de la péninsule et de sa célèbre pointe, Knidos.

 

Apres une bonne ascension, nous sommes recompensés de nos efforts par des paysages aux allures de carte postale, où la couleur turquoise des baies et criques qui entourent ce long bras de terre nous invite sans cesse à y plonger. Des airs du bout du monde qui donne envie à Gaetan de jouer le Tom Hanks de "seul au monde".

Nous traversons aussi quelques patelins, où la quiétude règne, qui gagnent en charme ce qu'ils perdent en nombre de touristes par rapport à la peninsule de Bodrum.

La pointe de Knidos, au bout de la péninsule de Datça 

A gauche, la Méditerranée, et à droite, la mer Egée : voici l'un des rares endroits où on peut choisir dans quelle mer se baigner.

Les derniers kilometres avant Knidos sont spectaculaires et la presence surprise d'un canap' nous ralentit juste un peu avant de plonger vers l'endroit qui délimite la frontière entre deux mers (ci-dessus). 

 

Le port historique et prospère de Knidos a prospéré grâce à sa position strategique qui offrait aux bateaux poussés ou freinés par les vents une halte indispensable. La ville a aussi connu son heure de gloire grâce à l'Aphrodite de Praxiteles : une statue de la déesse tellement belle que sa réputation a traversé les frontières et les siècles. Elle a disparu il y a longtemps, et aucune image ou reproduction n'en existe. 

 

En rentrant vers Datca, on succombe à l'appel du grand bleu, pour un réjouissant bain de décembre sur l'immense plage de Palamutbükü, avec pour seuls voisins deux musiciens qui s'entraînent sur le rivage.  

L'eau est aussi transparente que bleue... 

 

On traverse la péninsule de Datça pour notre dernière ligne (presque) droite vers l'est, en direction d'Antalya. La route grimpe entre les forêts de pins, mais les paysages en valent la peine.

 

D'une péninsule à l'autre : après celles de Bodrum et de Datça, on arrive bientôt dans celle de Marmaris. A suivre dans le prochain épisode ! 

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Commentaires : 2
  • #1

    M.F.S (mardi, 27 décembre 2016 07:45)

    Ephèse ce nom me rappelle des cours d'histoire de l'art des années 69/70

    De tout cour avec vous

    M .France

  • #2

    Oriane (jeudi, 29 décembre 2016 15:49)

    Quel plaisir de vous lire encore! Vos aventures font chaud au cœur et donnent envie de vous rejoindre! Merci pour ces partages et bon vent! (dans le dos cette fois*)