Pogradec - Saranda : En route vers la mer

Apres un court passage en Macédoine, nous sommes de retour en Albanie, et arrivons à Pogradec, une ville chère à Enver Hoxha, qui y avait une villa au bord de l'eau.

 

70 000, soit un pour 4 habitants, c'est le nombre de bunkers qu'a fait construire le dictateur "communiste" paranoïaque Enver Hoxha entre 1967 et 1991 en Albanie. Ces dômes en béton pullulent le long des routes. A l'abandon, ils sont parfois transformés en café, refuge pour SDF ou œuvres d'art.

 

On continue à longer le rivage du lac d'Ohrid, cette fois en terre albanaise, et on découvre avec bonheur au pied d’une colline rocheuse le petit village de pêcheurs de Lin. Une rue unique le traverse avec des ruelles perpendiculaires se dirigeant vers le lac où de petits bateaux attendent leur marins. Le calme de ces nombreuses habitations traditionnelles colorées et habillées de vignes contrastent avec la ville touristique d'Ohrid qui se trouve à quelques kilomètres de l'autre côté.

 

Par hasard, on se trouve juste entre les deux "patries" de Mère Térésa au moment où elle vient d’être sanctifiée, elle qui a grandi à Skopje en Macédoine dans une famille albanaise catholique.

 

Après une côte qui nous permet de jeter un dernier regard sur le lac d'Ohrid commence une longue descente jusqu'à Elbasan. Sur la route, à Librazhd, on croise quelques musiciens qui jouent dans la rue. Les zornas qui ressemblent beaucoup à des bombardes et la lodra qui rappelle la grosse caisse nous feraient presque penser un instant qu'on se trouve en plein fest noz (écoutez ici)...

 

Un peu avant Elbasan, alors que la nuit approche, on aborde un monsieur dans son jardin. On a à peine prononcé le mot "tente" qu'il nous invite à nous installer. Ce soir, on fête le deuxième "Bajram" (le mot turc qui correspond à l'Aïd en arabe), Kurban Bajram, qui a lieu chaque année un peu plus de deux mois après la fin du Ramadan : un grand événement dans un pays à majorité musulmane comme l'Albanie ! Ce jour là, les familles se réunissent pour partager des pâtisseries ou un repas. On est conviés à se joindre à eux comme si on était de lointains cousins.

Nos quelques mots d'albanais ne nous permettent pas d'aller bien loin dans la conversation, mais il y a par chance une italophone, qui nous aide à communiquer.

Nous arrivons à Elbasan, qui est apparemment connue pour être l'une villes les plus polluées du pays. Il paraît que l'humour noir local prétend que l'aigle à deux têtes albanais en serait originaire...

On fait un petit détour par le sud pour aller voir la ville de Berat. La route n'est pas toujours goudronnée, c'est au mieux un patchwork d'asphalte... et au pire une route caillouteuse sur laquelle, pour une fois, on va aussi vite (ou lentement plutôt) que les voitures.

 

La journée a été pluvieuse et on aimerait pouvoir dormir au sec ce soir. On frappe à la porte d'une petite maisonnette un peu avant Kuçove pour savoir si on peut mettre notre tente dans le garage. Ferit et Feyrouz, un couple adorable, nous invitent tout de suite à l’intérieur. La communication est un peu difficile, mais les talents d'acteur et de mime de Ferit nous aident beaucoup. Feyrouz est un petit bout de femme toujours affairée, ne s’arrêtant que de temps en temps pour nous prendre dans ses bras. Ferit, toujours très chic avec ses casquette et chapeau, s'occupe quant à lui du vin et de la rakia maison. On partage un excellent repas tous les quatre, et nous sommes invités à dormir sur le clic-clac ; on n'est pas mécontents de quitter notre tente de temps en temps...

Comme après notre rencontre avec Erich et Annemarie en Autriche, on quitte Ferit et Feyrouz avec un petit pincement au cœur et sans avoir tout à fait les mots pour les remercier pour leur grande hospitalité.

 

Nous arrivons le lendemain à Berat, dont le centre est classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Les vieilles maisons aux murs blancs et toits rouges se serrent sur le flanc de la montagne. Les rues pavées et en pente rendent la balade difficile à vélo, mais le gardien de la plus vieille mosquée de la ville, la mosquée du roi, accepte de les prendre sous son aile pendant quelques heures. On se retrouve a nouveau piétons, passant presque inaperçus sans nos montures...  Et heureusement qu'on ne les a pas, car on a déjà du mal a se hisser jusqu'à la citadelle sans le poids des vélos...

Le magnifique plafond du tekke des dervishes, à côté de la mosquée du roi.

Les petites rues de la vieille ville ne manquent pas de charme, mais un peu de vie. On remarque que les villes modernes se développent souvent dans les vallées, là où les vieilles villes étaient construites en hauteur, à l'abri des attaques : les habitants modernes sont-ils plus paresseux que leurs ancêtres ?

Du haut de la citadelle, nous apercevons nos deux vélos qui se reposent au soleil...

Apres Berat, nous cheminons dans cette région du centre du pays dans laquelle les puits de pétrole de l'entreprise canadienne Bankers Petroleum Ltd (qui travaille également à l'exploitation du gaz de schiste) font des ravages malgré la résistance locale.

 

A quelques kilomètres de Fier, dans  zone industrielle, nous débusquons  sous les conseils de notre guide une micro-brasserie artisanale créée par Thoma Musha, polyglotte et fan de bière.

 

Sa bière ne nous semble pas révolutionnaire mais une mousse fraîche en terrasse avec un sacré personnage fait quand même bien plaisir ! Thoma est Vlach (ou Valaque), une minorité roumanophone des Balkans, ce qui nous permet d’échanger un peu en roumain, le sien étant peut-être aussi différent de celui parlé en Roumanie que le français du Quebec l'est de celui de la France.

 

Apres Fier, nous devons à nouveau prendre l'autoroute, comme entre la frontière avec le Kosovo et Kukës : c'est même un policier qui nous y invite... Il n'y a en fait presque pas de circulation et les voies sont larges, pas de danger.

La mer !

 

A part Gaetan qui l'a entraperçue l'espace d'une journée en solo à Venise (quand Elena était en Suisse en mai) et notre baignade dans le lac sale de Tuzla (mer pannonienne datant d'il y a quelques millions d'années), la mer nous a filé entre les pédales pendant ces cinq premiers mois de voyage.

 

Cette petite semaine au bord de la mer adriatique puis de la mer ionienne, le long de la Riviera albanaise, nous enflammera autant les mirettes que les gambettes puis nous éclaboussera autant de sueur que de bonheur.

La saison d'été terminée, de Vlora à Orikrum, nous nous relaxons sur des plages de l'adriatique désertées par les touristes en profitant des petites paillotes à l'abandon.

 

Il nous faut ensuite traverser une partie du parc national de Karaburunit dont le sommet au col de Llogara dépasse les 1000 m pour retrouver la mer (ionienne cette fois-ci) jusqu'au sud du pays.

 

Sous une chaleur écrasante, les lacets interminables sont égayés par les sourires et les mots d'encouragement des petits vendeurs de fruits et légumes le long des routes.

Comme souvent, les nuages nous rattrapent au sommet, mais on aperçoit quand même la mer mille mètres plus bas.

 

On aurait pensé être au bout de nos efforts une fois la mer atteinte, mais non ! La côte est très vallonnée, et les petites plages qui nous tenteraient bien sont en contrebas des villages, et on préfère du coup souvent s'épargner une grosse montée de plus... 

Les paysages de la Rivera albanaise...

 

La magnifique baie de Porto Palermo abrite une base militaire souterraine dont l’entrée du tunnel creusée à flanc de montagne est visible de la route côtière (en bas à droite de la photo ci-contre).

 

Ce qui nous intéresse encore plus, c'est la presqu'île au centre. Elle abrite une petite plage avec pas un chat, la forteresse d'Ali Pacha et enfin le bivouac de nos deux cyclopachas.   

 

Ci-contre, la presqu'île de Porto Palermo, avec la forteresse d'Ali Pacha (en fait, il semblerait que ce soit une forteresse vénitienne...), et devant la flèche, notre maison pour un soir. 

 

On est d'ailleurs contents d'avoir un toit ce soir là, car une tempête éclate, plongeant le petit restaurant face à la presqu'île dans une obscurité complète. Le vent hurle et la pluie tombe, mais nous dormirons au sec dans notre petit abri. 

 

 

 

Le lendemain, on continue de longer la Riviera. Les villages qui se suivent sont tous plus charmants les uns que les autres. Ci-contre, le vieux village de Qeparo, juché sur la montagne. 

A notre "bonjour" (ou plutôt "përshëndetje"), cette vieille femme nous répond par une ribambelle de salutations et de bénédictions : toutes nos familles et proches ont dû y passer !  

 A quelques kilomètres de la mer, délaissé par notre guide de voyage et par l'industrie touristique, le petit village de Shën Vasil nous offrira une soirée haut en couleur.

 

Un majestueux arbre trône au milieu de la place entourée de cafés et de vieux potes jasant autour d'une rakia.

 

Cœur du patelin, cette placette abrite également deux symboles de ce pays complexe  une statue en mémoire de la résistance communiste pendant la seconde guerre mondiale ainsi qu'une mini chapelle remplaçant l'église détruite quelques décennies plus tôt sous la dictature d'Enver Hoxha. 

 

C'est en effet ici qu'on rencontre ce vieux monsieur, qui nous invite à entrer avec un grand sourire. Ce soir, quatre générations sont présentes à la maison : le patriarche de la famille Memush, sa fille Bejaze, plusieurs de ses enfants, et le dernier arrivé, Marijo, qui n'a pas deux ans. 

 

On passe la soirée tous ensemble, puis on s'installe pour la nuit... sur le toit de la maison ! La vue sur les montagnes est splendide, les lumières des villages dans la vallée scintillent comme les étoiles au-dessus.

Bivouac sur un toit, une première pour ce voyage !

Avec un papa mécano à Vlora, le petit Marijo prépare la relève.

 

La ville de Saranda, où les hôtels et appartements vides dix mois par an ont recouvert la côte, marque la fin de la Riviera albanaise. 

 

Un peu plus loin, sur la route de Butrint (à suivre dans le prochain article), on s'arrête sur une petite crique paradisiaque (la plage du monastère de Shën Gjergjit), où on est bientôt seuls avec une touriste ukrainienne et le vendeur d'une petite échoppe qui nous offre du poisson grillé. On profite une dernière fois de la mer ionienne, qu'on ne reverra pas tout de suite... 

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Commentaires : 4
  • #1

    Anne-Sophie (samedi, 15 octobre 2016 15:42)

    Les photos de la Riviera albanaise sont magnifiques ! Et votre récit toujours aussi instructif et poétique ! Belle journée à tous les deux !

  • #2

    catherine (samedi, 15 octobre 2016 23:01)

    j attendais des nouvelles....`
    il suffisait d'allumer l'ordi!
    elle est bien belle et accidentée la côte albanaise mais je vois que les montées ne vous font presque plus peur
    merci pour ce sympathique reportage et toujours ces belles rencontres
    bises
    catherine

  • #3

    Pat. (jeudi, 20 octobre 2016 23:19)

    Des paysages toujours aussi magnifiques et des rencontres très sympathiques.
    On rêve avec vous, car peu de gens ont le plaisir de découvrir ces contrées pourtant pas si lointaine et pourtant si loin de notre univers quotidien
    A quand les 10.000 kms ?
    Big Bisous Bretons.
    P.S. : humeur noire ou humour noir ?

  • #4

    Elena et Gaetan (dimanche, 23 octobre 2016 17:02)

    C'était bien "humour" et pas "humeur", merci, c'est corrigé !

    Merci à toutes et tous pour vos commentaires, ça nous fait toujours très plaisir dès qu'on se connecte dans l'un des cafés internet qui survivent encore aux smartphones et tablettes... A bientôt pour le prochain article !