Bosanski Brod - Sarajevo : Vers le coeur des Balkans

Nous ne sommes pas de retour en Serbie... mais en République Serbe de Bosnie. Bienvenus en Bosnie Herzégovine, un bel imbroglio politique : le pays est divisé en deux entités, la République Serbe de Bosnie et la Fédération de Bosnie Herzégovine (en gros, les Croates et Musulmans - ou Bosniaques - de Bosnie), plus une ville qui constitue un district à elle seule, Brčko . 

 

On passera quelques semaines dans ce pays fascinant au carrefour entre Est et Ouest, où cohabitent Catholiques, Orthodoxes et Musulmans, et où l'hospitalité des habitants n'a d'égale que la beauté des paysages...

 

La Bosnie-Herzégovine est le seul pays d' Europe dans lequel réside une majorité de musulmans. Nous aurons donc l'occasion  de boire de l'eau halal (ci- dessus), d’écouter le chant quotidien des muezzins (écoutez ici) ou encore de croiser de nombreuses mosquées et minarets durant notre traversée du pays (notamment en fédération de Bosnie-Herzégovine).

 

L’éclatement de la Yougoslavie aura laissé de nombreuses traces dans le pays autant d'un point de vue humain qu'environnemental.

 

En effet, d'une part, des familles décimées de Bosniens mais d'une générosité rare (tu demandes une clope, ils te filent un paquet par exemple !),  nous accueilleront avec un grand sourire tout en ayant de temps en temps le regard un peu perdu quand effleurera le sujet de la guerre. 

 

D'autre part, beaucoup de villes sont très marquées par une guerre terminée il y a un peu plus de vingt ans (bâtiments cribles de balles et/ou à l'abandon) et un territoire sévèrement miné (voir ci-dessus) qui fait froid dans le dos, notamment pour nous qui faisons du camping sauvage (on est bien sûr très prudents). 

 

Perché en haut d'un mont au nord de la Bosnie, le petit restaurant de "Tchuma" (Ćuma) sera un festival de plaisirs pour nous récompenser de nos efforts vélocipédiques.

 

Pour commencer, le meilleur goulash du pays accompagné de quelques "cevapi" (rouleaux de viande hachée et grillée) nous rempliront le ventre.

 

Puis de la terrasse où nous nous trouvons, quelques notes de musiques balkaniques nous parviennent.

 

Les deux seuls clients, amis de longue date, Senad, un ancien basketteur (ayant joué avec Divac et Kukoc - les connaisseurs apprécieront), ci-contre, et Kemo, nous invitent à leur table pour une après-midi incroyable, baignée dans de la musique (Bregovic, Kusturica, Sobic,...) et le rire.

 

Ćuma et sa femme Sena nous invitent à dormir gratuitement chez eux au sommet de cette belle montagne qui surplombe Tuzla. Ils nous font rencontrer son fils et d'autres amis (dont une jeune femme, Izra, qui vit à Lyon avec son fils) le soir. Nous repartons le lendemain matin joyeusement alourdis par un super petit déjeuner et une bouteille de rakia offerts par nos hôtes, mais surtout par le souvenir de cette rencontre inoubliable.

Senad, Ćuma, un gros ours à casquette, Kemo et nous

 

Le lendemain de cette rencontre, nous débarquons à Tuzla, "la ville du sel". En effet, c'est son exploitation qui fait vivre la ville depuis des siècles et surtout qui nous permet de nous livrer aux douceurs du "farniente" au bord d'un des trois lacs d'eau salée du centre ville (ci-contre). Après Turda en Roumanie, le sel commence à être un fil rouge de notre voyage, mais on n'a toujours pas vu la mer depuis qu'on est parti. Cette eau salée vient de la mer de Pannonie, qui s'est retirée de la région il y a quelques millions d'années.  

 

 

 

 

 

Le village ethnographique de Mačkovac reconstitue quelques habitations de la période ottomane  avec ses activités traditionnelles (artisanat, moulin à eau pour la farine, fabrication d'instruments de musiques) ainsi ques ses chambres et salon riches en tapis et bibelots en tout genre.

 

Ci contre Ali baba cool boit son cafe turc pendant que son Esmelenaralda prend en photo cet univers pittoresque avec (ci-dessous) le temps et  les pays d'Europe qu'il nous faut encore parcourir...

Le temps s'est arrêté au XVIe siècle dans cette maison ottomane...

 

Alors que nous faisons une petite pause à Banovići, nous faisons la rencontre d'un personnage hors du commun : Senad, qui se présente sur la carte de visite qu'il nous tend comme "diplomate œcuménique", nous invite prendre une glace. Il va et parle à 100 à l'heure, et nous explique qu'il est allé à pied (!) de la Bosnie jusqu'à la Mecque (en passant par la Syrie en 2011 !), usant 60 paires de chaussures et plus de 1500 paires de chaussettes ! 

 

Sur les conseils de locaux rencontrés au bord de la route, on prend une petite route dans la montagne qui n'es pas sur notre carte, par Dolna Vijaka. Elle grimpe pas mal, mais la route pour Vareš est magnifique. Une longue descente nous rapproche de Sarajevo. 

 

A l'entrée du tunnel avant Vareš

Les derniers kilomètres avant Sarajevo sont un peu rudes, comme presque à chaque arrivée dans une grosse ville. On est accueillis ce soir par Elle, qui vient du Kirghizistan et est arrivée en Bosnie il y a un mois : on voyage du coup bien plus loin que la Bosnie grâce à elle ! 

 

Michele, qui nous avait accueilli chez lui à Turin au début du voyage, nous retrouve ici pour faire un petit bout de route ensemble. Il a customisé son vélo en utilisant un tapis de sol qu'il a découpé pour servir d'isolant à ses bidons d'eau et pour protéger sa guitare, qu'il a découpé pour en faire un guitalele, mais avec un manche de guitare : un vrai travail de luthier ! 

Il y a tant à voir à Sarajevo qu'on y passera quelques jours, dans une petite auberge de jeunesse qu'on conseille plus pour son prix qu'autre chose. On y rencontre Mariam, une Française en voyage dans les Balkans, et Ralf, un cycliste allemand qui parcourt la Bosnie et les pays alentours (ci-dessus). 

Soirée dans le bar "officiel" de la brasserie de la Sarajevsko, Pivnica HS, où a lieu un petit concert de musique traditionnelle.

 

Sarajevo rassemble un peu toute la Bosnie en une ville : le mélange des cultures, des cuisines et des religions, les cicatrices bien présente de la guerre de 1992-1995, des quartiers ottomans, austro-hongrois, communistes, puis capitalistes, si on peut en parler comme un style architectural... 

 

Ci-contre, quelques tombes ottomanes, tout près de Baščaršija, le vieux quartier ottoman de Sarajevo, qui attire de plus en plus de touristes, dont beaucoup de Musulmans de Turquie et du monde arabe. 

La medresa (école) du bey Gazi Husrev, qui fait partie d'un grand complexe autour de la mosquée, comprenant un marché, une bibliothèque, un caravansérail (lieu d'accueil des marchands et pèlerins - dommage que ça n'existe plus !), des restaurants... 

Les impacts des balles sur les murs rappellent qu'on ne pouvait pas marcher librement dans ces rues il n'y a pas si longtemps. Sarajevo a connu le siège le plus long de l'histoire contemporaine, d'avril 1992 à février 1996. Pendant ces quatre années, les habitants ont du vivre retranchés, recevant de l'aide alimentaire au compte-goutte et vivant avec les bombardements - jusqu'à deux ou trois par minutes pendant les journées les plus meurtrières. 

 

On visite le musée national d'histoire, qui comprend une salle sur le siège. On y voit par exemple des photos (parfois très marquantes) des victimes, une affiches "attention sniper", une reconstitution de l'intérieur d'un appartement de Sarajevo... Une autre partie du musée présente une exposition de photographies sur le génocide de Srebrenica, où plus de 8000 personnes (principalement des hommes, tous musulmans) ont été massivement tués en juillet 1995 par l'armée de la République Serbe de Bosnie, sous les ordres du général Ratko Mladić et du président Radovan Karadžić. Des vidéos du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie accompagnent les images et donnent la parole aux rares survivants, aux soldats, comme aux hauts responsables (le détail des jugement est accessible en ligne). 

 

Le lendemain, nous allons visiter l'excellente galerie 11/07/95, de la date des premières exécutions massives de Srebrenica, un musée qu'on recommande absolument. Elle a été créée par un photographe et montre de manière très sensible le drame qui s'est joué pendant ces quelques semaines, et la difficulté du deuil quand les corps des personnes disparues ne sont pas (ou pas intégralement) retrouvés. En effet, les corps ont été déplacés jusqu'à quatre ou cinq fois, pour faire passer les morts pour des soldats tués près des lignes du front. 

 

La deuxième partie de la galerie présente le siège de Sarajevo grâce à différents films (dont l'excellent "10 minutes", un court-métrage que vous pouvez voir en ligne avec des sous-titres en anglais - mais les sous-titres ne sont pas forcément nécessaires pour comprendre) et à l'exposition des posters du "Design Trio" (ci-dessus). Les images et témoignages que nous voyons ici nous accompagneront ces prochains jours. 

 

Ci-contre, le cimetière des soldats de l'armée bosnienne, tombés pendant le siège de la ville. 

Vue sur Sarajevo de la forteresse jaune

 

Nous tombons - par hasard - pile au moment du Festival de Film de Sarajevo, qui est l'événement le plus important de la ville (De Niro en fait l'ouverture pour notre dernier soir, mais on n'est pas sur la guest list...). 

 

Les restos et bars sont bondés, mais on trouve quand même une petite place dans l'un des bars les plus originaux et sympas de la ville, le "Zlata Ribica", ou poisson d'or. Il est décoré de mille et uns objets sortis d'un autre temps, jusque dans les toilettes, où figure notamment une mini télé en noir et blanc... 

 

C'est là que nous passerons notre dernière soirée à Sarajevo, avant de poursuivre notre route vers le Sud de la Bosnie avec notre ami Michele.

 

Do uskoro ! 

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Commentaires : 3
  • #1

    Catherine (mercredi, 31 août 2016 09:33)

    super petit reportage de Bosnie et de Sarajevo., de rencontres en découvertes!
    Vous semblez fondus dans le paysage....
    bon courage pour la suite , le Montenegro?

  • #2

    Josette (jeudi, 01 septembre 2016 18:54)

    Votre reportage est très riche et instructif.
    Sarajevo est une ville attachante que j'ai retrouvée avec beaucoup d'émotions.

  • #3

    Véronique (samedi, 03 septembre 2016 12:29)

    Oui, que d'émotions !
    Et bravo aux chanteurs!
    Vos aventures ne manquent pas de sel, en effet.
    Faites bien attention à vous et aux mines (...de sel ) ! Bonne route !
    Bisous.